Projet artistique et culturel du Frac Alsace



 

Depuis 1999, les orientations et les actions du Frac Alsace sont déterminées par un projet pluriannuel de direction artistique et culturelle. Celui-ci est encadré par une convention de partenariat associant la Région, le Ministère de la Culture / DRAC et l'Agence culturelle. En 2018, le projet de Felizitas Diering, nouvelle directrice du Frac Alsace, développe la thématique « Natures ».

Agence culturelle - Frac Alsace © V. Muller (1)

Projet artistique 2018 :
« Natures »

Au début du 21e siècle, les artistes cultivent des êtres vivants(1), des pierres artificielles(2), ils font des expériences esthétiques dans des stations de recherche scientifique(3), créent des éclairs et des nuages dans un espace virtuel, ou peignent la forêt(4).

Du fait du changement climatique, de l’anthropocène et de la nature virtuelle, le thème de la nature est dans l’air du temps et les formes d’expression artistique sont presque infinies. En se penchant sur la thématique nature et art, il est intéressant de ne pas s’arrêter au thème, fort actuel, de la « nature dans l’art », mais de se questionner sur la « nature de l’art » et de poser la question : Quelles natures ont les œuvres d’art?

Sont-elles de récalcitrantes plantes sauvages, des fleurs alpines peu exigeantes, des mimosas, des lichens utiles, de succulentes résistantes, de prétentieuses et nobles plantes aux formes achevées ou encore d’imprévisibles variétés d’invasives?

Certaines œuvres veulent être vues, s’imposent, certaines autres s’éveillent seulement, après avoir hiberné, quelques-unes doivent encore mûrir, d’autres sont au repos.

Telle un jardin, une collection d’œuvres d’art exige entretien et attention. Elle est un écosystème fragile, un lieu à protéger, créé dans un but précis. Mais c’est aussi un lieu dans lequel la nouveauté trouve sa place, des œuvres connues sont mises en relation, des travaux récents s’ajoutent, ou bien des œuvres plus anciennes sont redécouvertes et explorées.

La thématique « Natures », comme terme générique englobant différents concepts et idées de la nature (lat. natura : venir au monde, naître), se veut point de départ du projet artistique et doit servir la conservation et l’élargissement de la collection du Frac Alsace.

Le projet artistique « Natures » est relié à certains axes principaux de la collection du Frac, tel le paysage, et à des projets passés, comme « Espace et identité », « Instants paysagers : approches artistiques contemporaines des territoires ». Il se propose de les élargir par un regard biophile, qui considère l’œuvre et la collection d’art comme un objet à la fois vivant et systémique. En outre, on part du lieu, du territoire alsacien, avec son patrimoine culturel et naturel, avec son agriculture et son vignoble, mais également de l’architecture du Frac comme une vitrine qui rappelle aussi une serre, surtout en été.
 
La représentation de la nature a toujours joué un rôle dans l’histoire, depuis les dessins rupestres préhistoriques d’animaux sauvages, qui avaient probablement une fonction cultuelle, en passant par la charge symbolique des plantes dans la peinture médiévale chrétienne (lys, œillet), et jusqu’au jardin à l’anglaise dans la peinture de paysage du romantisme, dans lequel l’humain est toujours resté la dimension de référence. De nombreux artistes contemporains travaillent avec des matériaux vivants. Les représentants du land art transformèrent l’espace géographique en œuvre d’art et le co-fondateur de l’Arte Povera, Jannis Kounellis, exposait en 1969 des chevaux vivants dans une galerie. Joseph Beuys amena une dimension anthroposophique dans l’art : il communiquait avec les animaux et établissait également une interaction sociale par l’art.

Aujourd’hui, le thème de la nature est employé par les artistes pour traiter de thèmes politiques. Les espèces invasives et les néophytes, comme la balsamine de l’Himalaya, incarnent symboliquement le thème de la migration et les problèmes de la globalisation. En même temps, le thème de la nature est étroitement lié à la réévaluation de la culture et l’idée d’interdépendance entre les deux.

Dans le monde occidental, on a pendant longtemps séparé les notions de nature et culture. En tant que « création » de l’humain, la culture, et avec elle l’art, a été dissociée du concept de nature qui représentait quelque chose d’originel, venu au monde (lat. : natura : venir au monde).

La culture était perçue comme progrès, elle représentait une amélioration de la nature, ce dont témoignent les termes "mise en culture" et "agriculture". Le concept de paysage, en tant que nature formée par l’humain (angl. landscape), montre également comment l’humain s’appropriait la nature et la formait.

La dualité entre nature et culture se reflétait aussi dans l’attribution des domaines : celui de la culture traditionnellement dominé par le sexe fort (chasse, armée, science) et celui, plus difficilement contrôlable, de la nature, associé au sexe faible et qui rassemble des activités comme cueillir, donner naissance et soigner.
 
Aujourd’hui, dans la culture occidentale, l’idée que la nature et la culture soient indissociables et qu’elles interagissent, fait peu à peu l’objet d’un consensus. (voir Philippe Descola : Par-delà nature et culture, 2005). Dans de nombreuses communautés extra-européennes, il n’y a pas eu de séparation entre culture et nature et même l’humain et l’animal avaient et ont encore une relation étroite l’un avec l’autre.

Ces autres points de vue aident à remettre en question notre perception occidentale qui sépare ces catégories les unes des autres, nature et culture, animal et humain. Elles nous éclairent sur leurs raisons d’être, comme par exemple d’assurer la suprématie de l’humain dans la nature. Aujourd’hui, il est clair que le concept de l’humain en tant que « couronnement de la création » s’est inversé, à en juger par la destruction de l’environnement et les guerres : l’humain est le problème.
 
Ce problème de l’humain dans la nature, de l’artificialisation croissante de l’environnement naturel et la renaturation de l’artificiel, préoccupe de nombreux artistes, dont le rôle a été de tout temps d’observer la réalité et de la questionner dans ses représentations. Ce faisant, ils élargissent la notion de nature à l’espace virtuel et social ; ils s’engagent sur des thèmes sociétaux et politiques et créent des modèles participatifs.

Du point de vue de l’observation exacte, l’expérimentation de l’environnement naturel et la renaturation de l’artificiel, la manière de travailler des artistes est comparable à celle des scientifiques. Mais les artistes s’en affranchissent par leur autonomie, en outrepassant les règles, en ayant l’esprit rebelle et ouvert face aux résultats. Les artistes ne questionnent pas seulement la réalité, mais ils créent en outre leurs propres mondes, dans lesquels nous pouvons nous introduire et à l’aide desquels nous pouvons parvenir à l’essence des choses, quand nous partons des formes et de la matière.
 
Au 21e siècle, il y a de plus en plus d’artistes. Des hommes et femmes qui étudient l’art ou qui sont venus à l’art tardivement, ou encore qui ont toujours fait de l’art. Il y a des artistes de pays occidentaux. D’autres viennent de régions dans lesquelles les musées et le marché de l’art font défaut pour l’instant. Ces derniers ont une tout autre idée de l’art et une autre histoire de l’art et nous amènent à remettre en question notre propre conception de l’art. En même temps, il y a une perméabilité entre les différents arts : les arts plastiques incluent le design, la danse, la musique, l’architecture et l’informatique/hacking. Il n’y a pas une scène artistique unique, mais une multitude de contextes artistiques. Un marché global fixe les prix de l’art en fonction de l’offre et de la demande et est très lié aux collections publiques et privées et aux institutions d’art. Certains artistes sortent du « système de l’art », refusent de suivre, ou agissent en tant qu’entrepreneurs indépendants sur le marché.

Le projet natures ne veut pas questionner seulement les œuvres, mais aussi les artistes et l’écosystème complexe de l’art. Il part ainsi d’œuvres du Frac Alsace et jette un regard neuf sur la collection en tant qu’être vivant et écosystème. Qu’en est-il de la biodiversité, des interdépendances, des symbioses, de la croissance, l’entretien, la conservation et la présentation? Quel rôle jouons-nous en tant que jardiniers, gardes forestiers, biologistes, touristes ? Et comment s’imbriquent biodiversité artistique globale et écosystème artistique local et régional?

L’ouverture, la médiation et les rencontres personnelles sont essentielles : des principes auxquels se voue le Frac depuis plus de 35 ans, avec sa mission d’éducation, de conservation et de diffusion de la collection et de nombreux projets dans et hors les murs.

L’interdisciplinarité, le travail artistique pratique en atelier, les débats avec des artistes, mais aussi des propositions originales, comme par exemple des randonnées, doivent s’adresser à un public hétérogène et fournir un espace de discussion et échange.

Felizitas Diering
Directrice du Frac Alsace

(1) Daniel Steegmann Mangrané, Pierre Huyghe, Maria Thereza Alves
(2) Julian Charrière
(3) Pierre Huyghe, Agnes Meyer-Brandis
(4) Julius von Bismarck



Projet artistique 2011-2014 :
« Espaces et identités »

À partir de 2011, le Frac Alsace a développé un projet artistique intitulé « Espaces et identités », dans le fil du précédent projet qui interrogeait la question du sujet dans la société contemporaine. L’espace est celui de la matérialité de l’œuvre, des choix formels et d’expression sur lesquels elle s’appuie, espace de la réalité et du corps. On ainsi été tissés des liens entre arts plastiques, performance et danse contemporaine. Mais l’espace est aussi géographique, social et politique, autant de territoires que l’œuvre d’art interroge. Sphère privée et espace public structurent ces différentes strates de l’identité, du singulier au collectif. Fondé sur une croyance dans le pouvoir émancipateur de la culture, ce projet artistique du Frac Alsace se revendiquait comme une lecture politique du monde, sans littéralité ni illustration, selon cette approche à la fois critique et transversale qui fait la richesse de l’art au quotidien.



Projet artistique 2008-2010 :
« Privé/Public »

Ce projet abordait la question de l’identité en envisageant l’individu comme référence d’un questionnement sur la société actuelle. Au travers d’une large diversité de langages, les artistes invités par le Frac Alsace exploraient des possibles de l’expérience individuelle, tant dans le champ privé que public. Le corps, en tant que vecteur subjectif du rapport au monde, en est un axe premier, tout comme les attitudes par lesquelles l’artiste-individu s’adresse à la société (mouvement, fiction, détournement, parodie…). Le projet « Privé/Public » s'est développé comme un outil d’analyse critique de l’humain dans son époque, donnant à voir la manière dont la création dresse le portrait de l’individu en tant que sujet polymorphe, caractérisé par sa mobilité physique et mentale dans l’espace réel.



Projets artistiques et culturels 1999-2007

De 1999 à 2004, sous la direction de Pascal Neveux, le Frac Alsace a développé un projet artistique et culturel intitulé « Instants paysagers : approches artistiques contemporaines des territoires ». En 2005-2007 le projet artistique, « Lieux communs, figures singulières », s’inscrivait dans la continuité des actions engagées. Il a développé un décloisonnement entre arts plastiques et arts visuels, entre cinéma et photographie, installations sonores et musique contemporaine.



Photo © Vincent Muller
 
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